
Alliance réformée: l'Indonésie doit mettre fin aux violences |
||
|
Au moment où la violence flambe de nouveau entre musulmans et chrétiens dans les Moluques et le Sulawesi central, l'Alliance réformée mondiale demande une «intervention immédiate» de la part du gouvernement indonésien. Setri Nyomi, secrétaire général de l'ARM, a écrit à Megawati Sukarnoputri, la nouvelle présidente de l'Indonésie, en la pressant de faire tout son possible «pour mettre fin aux violences qui coûtent la vie à des innocents, chrétiens comme musulmans.»
La vague de violences la plus récente s'est déclenchée dans les îles Moluques début novembre. Des centaines d'agresseurs en armes ont envahi Waimulang, village à majorité chrétienne situé sur l'île de Buru, où ils ont tué au moins trois habitants. L'un de ceux-ci, Petrus Tasane, âgé de 70 ans, aurait été brûlé vif dans l'église. Un autre, Joel Hukunala, a été abattu puis taillé en pièces. Plus de mille villageois ont fui dans la jungle pour se mettre en sécurité après que les agresseurs aient incendié 150 habitations, soit presque la totalité du village. Plus tard, le même mois, une série d'attentats à la bombe et d'attaques à main armée a fait au minimum huit victimes à Amboine, capitale régionale des Moluques. À la fin du mois, les combats se sont déplacés dans la région de Poso, au centre de Sulawesi. Six villages chrétiens ont été attaqués, sept personnes ont été tuées et des centaines d'habitations détruites. Des milliers de personnes ont fui pour sauver leur vie.
Les îles Moluques ont été en proie à des affrontements entre musulmans et chrétiens depuis janvier 1999. Le conflit, qui a débuté à Amboine et a progressivement fait le tour des îles, a probablement coûté la vie à 5.000 personnes et en a poussé plus d'un demi-million d'autres à fuir leurs foyers. L'an dernier, le gouvernement a déclaré l'état d'urgence civile. À Poso, les violences ont débuté en décembre 1999 et on pense qu'elles ont fait environ 2.000 victimes. Pour l'ensemble de l'Indonésie, 87% de la population sont musulmans et 9% chrétiens, mais, dans les îles orientales, les deux communautés sont en nombre un peu plus équilibré. Traditionnellement, les relations entre les deux communautés étaient bonnes. James Haire, ancien missionnaire australien, se souvient que «les chrétiens avaient l'habitude de participer à la construction des mosquées, et les musulmans à celle des églises». Mais au cours des dernières décennies, l'émigration a exacerbé les tensions sociales et politiques. Dans les Moluques, le conflit a débuté par des affrontements entre chrétiens d'Amboine et musulmans du Sulawesi voisin qui avaient immigré en grand nombre aux Moluques au cours des trente années précédentes. Mais il s'est bientôt transformé en bataille impliquant l'ensemble des deux communautés. En mai 2000, une milice islamique basée à Java, le Laskar Jihad, est venue aux Moluques pour lancer le «djihad» contre les chrétiens. À Poso, le conflit s'est également développé dans le contexte d'une importante immigration musulmane arrivant dans une région jusque-là majoritairement chrétienne. C'est lorsque les chrétiens du pays ont été distancés sur le plan économique et qu'ils ont perdu leur influence politique que le conflit a éclaté. Selon des sources de l'ONU, il y aurait maintenant à Poso 7.000 membres du Laskar Jihad venus des Moluques. Dans ces deux cas, les forces de l'ordre se sont révélées incapables de mettre fin aux violences et à rétablir l'ordre ou peu disposées à le faire. Il existe des rapports faisant état de liens entre forces gouvernementales et milices - aussi bien chrétiennes que musulmanes - et de trafic d'armes d'origine militaire à Amboine. La Commission nationale des droits de l'homme, ainsi que d'autres instances, ont également apporté des preuves suggérant qu'une grande partie des violences seraient fomentées par des groupes d'intérêts politiques et militaires à Djakarta.
Son rapport fait état d'un désir de réconciliation et de paix très répandu au sein des deux communautés. «Sur place, les gens, tant musulmans que chrétiens, sont fatigués et en ont assez des combats qui ne peuvent leur apporter que la mort.» L'obstacle le plus important aux démarches en faveur de la paix est constitué, de part et d'autre, par des groupes armés partisans de la manière forte. Selon S.W. Park, certains expriment à haute voix leurs soupçons: ces milices seraient «infiltrées de l'extérieur par les artisans du conflit.» Ses interlocuteurs pensent tous sans exception que le gouvernement indonésien pourrait, s'il le voulait, mettre fin aux violences, mais qu'il ne le fait pas. Et beaucoup ont dit que ce gouvernement n'agirait que sous la pression de la communauté internationale. Vers la fin novembre, les chrétiens d'Amboine ont observé trois jours de deuil, des milliers de personnes ont prié dans les églises, dans beaucoup de maisons et de bâtiments publics. Leo Lohy, de l'Église protestante aux Moluques, estime que «ces prières expriment la préoccupation au sujet des violences qui se sont déroulées au cours d'une période relativement tranquille. De cette façon, nous appelons tout le monde à s'examiner soi-même et à remettre entièrement son destin entre les mains de Dieu. Ce temps de deuil est également un geste moral visant à sceller la paix et l'unité.» Au cours des conversations qu'il a eues avec des responsables chrétiens et musulmans à Amboine, S.W. Park les a vivement exhortés à lancer un «processus spirituel de réconciliation». Ce serait particulièrement adapté en ce temps du Ramadan et de l'Avent, qui a pour objet la réflexion sur soi-même.
Dans la lettre qu'il a adressée à la présidente de l'Indonésie, Setri Nyomi insiste sur le caractère impartial des préoccupations de l'Alliance. «La position de l'Alliance réformée mondiale n'est pas de prendre la défense des droits humains des seuls chrétiens. Nous sommes pour les droits de la personne et les droits spirituels de tous.»
|
|
|