
Japon : on expurge l'histoire de la guerre |
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En avril dernier, le ministère japonais de l'éducation a approuvé un nouveau manuel, assez controversé, dont les critiques disent qu'il passe sous silence les atrocités commises par l'armée impériale au cours de la première moitié du siècle dernier. Ce manuel a été rédigé par la Société japonaise pour la réforme des manuels d'histoire. Il s'agit d'un groupe composé d'universitaires et de politiciens de droite. Bien que le ministère ait tenu à ce qu'on y apporte plus d'une centaine de modifications destinées à édulcorer le texte original, la Chine et les deux Corées se sont plaintes que la version définitive cherche encore à justifier l'agression japonaise de 1904 à 1945.
En mars 1995, la secte Aum Shinrikyo [vérité suprême] avait déclenché une attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, provoquant la mort de 12 personnes et en blessant des milliers. Depuis lors, des sectes religieuses ont commis toute une série d'escroqueries et de crimes, et la criminalité a atteint, d'une façon générale, un taux record, l'augmentation la plus forte et la plus inquiétante étant celle qui concerne les meurtres commis par des adolescents. Les auteurs de ce nouveau manuel veulent raviver l'orgueil national. Ils disent vouloir prendre le contre-pied de la vision «masochiste» de l'histoire imposée au Japon par les États-Unis. L'ouvrage minimise la responsabilité du Japon en ce qui concerne les crimes de guerre. Il passe sous silence l'utilisation des «femmes de réconfort» par l'armée japonaise, ces centaines de milliers de femmes contraintes à la prostitution dans les bordels des zones de combat gérés par le gouvernement. Il minimise les massacres de Nankin et met en doute la décision du tribunal militaire de Tokyo selon lequel l'armée japonaise avait exterminé un très grand nombre de civils chinois après avoir occupé la ville en 1937. La Chine dit que ces Japonais de droite ont «concocté» ce nouveau manuel «pour nier et pour étouffer l'histoire de l'agression». Selon la Corée du Nord, il s'agit d'une «insulte» aux autres peuples d'Asie. La Corée du Sud le critique pour avoir déformé l'histoire. Des anciennes femmes de réconfort ont protesté contre ce manuel devant l'ambassade du Japon à Séoul au mois d'avril. «C'est un péché impardonnable que de fermer les yeux sur les atrocités du passé alors que nombreuses sont les victimes qui continuent de souffrir à cause des violences dont elles ont fait l'objet», ont-elles dit. Ce n'est qu'en 1993 que le gouvernement japonais a fini par reconnaître l'existence des femmes de réconfort. Deux ans après, le premier ministre de l'époque a présenté des excuses pour les actes commis par le Japon pendant la guerre. Au cours de cette même période, un tribunal japonais a pris la décision d'autoriser les femmes de réconfort à réclamer un dédommagement au gouvernement, certains cinémas ont passé un film chinois sur les massacres de Nankin, et des manuels scolaires ont commencé à faire mention de l'esclavage sexuel et d'autres sujets gênants. Depuis, l'atmosphère a changé au Japon. Au début de cette année, un homme politique important a provoqué la colère de Séoul et de Pékin en affirmant que l'occupation par le Japon des pays voisins était justifiée. La Société pour la réforme des manuels d'histoire va prochainement sortir un film qui justifie la deuxième guerre mondiale en disant qu'elle avait stimulé l'indépendance de l'Asie par rapport au colonialisme occidental. Le comité exécutif a demandé au secrétaire général, Setri Nyomi, de voir avec les Églises membres au Japon de quelle façon l'ARM pourrait leur apporter son soutien en s'adressant au gouvernement à propos de cette réécriture de l'histoire japonaise.
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