Semper Reformanda
Alliance réformée mondiale![]()
Une initiative ARM-sud? |
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Le colloque de l'ARM et de la SAARC (Alliance des Eglises réformées de l'Afrique australe) sur la foi réformée et la justice économique, qui s'est tenu à Kitwe, en Zambie, en octobre 1995, est arrivé à la conclusion «douloureuse» que l'expérience africaine montre que la mondialisation de l'économie ne peut plus être considérée comme un problème éthique. C'est devenu un problème théologique, car elle place les gens devant le choix entre deux loyautés, Dieu ou Mammon. «L'Evangile des pauvres est en jeu dans le mécanisme même de la mondialisation de l'économie.» Le colloque de Kitwe a demandé au Comité exécutif de l'ARM d'organiser une pré-conférence restreinte à Debrecen qui réunirait des Eglises du Sud, pour examiner le défi lancé à la foi par le sacrifice de l'humanité sur l'autel de l'économie mondiale. Les Eglises africaines sont reconnaissantes à l'ARM pour l'intérêt qu'elle porte à une étude des «problèmes de foi» soulevés par l'injustice inhérente à la mondialisation de l'économie. Lors de l'Assemblée de la région Europe de l'ARM, à Edimbourg en septembre 1995, Milan Opocensky a défendu le principe qu'il s'agit de discerner à quel moment une «question de foi» devient une «question confessionnelle». Dans ce cas, il propose que le problème soit soumis aux critères du status confessionis. Mais il faut rester circonspect avant d'en arriver là. Ulrich Möller, dans un article publié dans Reformed World, revient à cette question («Status confessionis : Confessing our faith in the context of economic justice» (confesser notre foi dans le contexte de la justice économique), Reformed World, vol.46, no.3, septembre 1996). Il souligne à juste titre que l'Afrique n'est pas la première à demander que le problème de la justice économique soit examiné dans le contexte du status confessionis. Ulrich Duchrow a lancé cet appel dès la fin des années 1980. Möller propose qu'avant d'en venir à déclarer un status confessionis, on commence par un processus de confession (processus confessionis). «Si l'on prononce des verdicts ecclésiologiques pour désigner des différences trop tôt dans le processus d'examen ... on risque de nuire à l'ouverture d'esprit de ceux qui s'engagent sur le chemin du dialogue pour reconnaître et confesser ensemble la vérité.» Dire qu' on ne peut pas encore «déclarer» le status confessionis, ne veut pas dire qu'il n'existe pas. Aussi, le point de vue de Möller ne correspond pas à un rejet fondamental des conclusions de Kitwe. Ce qu'il veut dire, c'est qu'il faut se laisser guider par l'expérience des déclarations de status confessionis dans le mouvement oecuménique, en réfléchissant sur le bon escient d'une pareille mesure. La différence entre Kitwe et Möller est une différence d'approche. Möller aborde le problème dans la perspective de l'efficacité, alors que Kitwe le fait dans celle de la fidélité. Pour moi, il n'y pas d'opposition qualitative entre les deux. Il faudrait les associer. Il ne suffit pas de comprendre «un acte de fidélité» pour en faire un acte efficace. L'histoire du status confessionis de la Fédération luthérienne mondiale nous montre qu'un status confessionis déclaré peut être totalement sans effet, qu'il peut même être systématiquement réduit ou annulé, s'il n'est pas solidement fondé dans un processus de confession entre partenaires. L'article d'Ulrich Möller ne réagit que sur un aspect de la recommandation de Kitwe au Comité exécutif de l'ARM, celui de faire une déclaration de status confessionis à propos de l'injustice économique. Kitwe propose que soit tenue une pré-conférence sur la justice économique dans le cadre de la 23ème Assemblée générale de Debrecen, qui réunirait des Eglises membres de l'hémisphère sud. Et c'est là que la suggestion raisonnable de Möller devient importante lorsqu'il demande, avec raison, que l'ARM ne se lance, pour commencer, que dans un processus confessionis. Cela soulève un certain nombre de questions: Qui devrait mener le processus? Quand et comment établir l'ordre du jour du processus? Pourra-t-il jamais devenir l'ordre du jour des deux-tiers monde? Il n'est pas évident qu'il y ait consensus sur le problème de la part des Eglises membres du deux-tiers monde. Il leur faudra un processus préliminaire pour préciser la méthodologie d'analyse, les divers points de l'ordre du jour, l'orientation, et pour déterminer qui inclure dans le processus. Cette étape préliminaire est d'une importance capitale, si l'ARM veut donner du pouvoir à ceux qui sont les premières victimes de l'injustice économique. Elle donnera une garantie d'authenticité au processus confessionis. Les Eglises du Nord sauront à quoi elles sont appelées à répondre et elles s'engageront dans un processus bien mieux structuré. Il est clair que dans le nord, il y a de plus en plus de personnes qui souffrent durement de la mondialisation. Le pré-processus ne devrait pas comprendre uniquement le Sud. Il faudrait inclure aussi les voix du Nord. Il devrait se faire l'écho du «cri des hommes et des femmes» sacrifiés à Mammon. Il ne devrait pas gêner la communication ou diminuer l'ouverture d'esprit, mais devrait mettre l'accent sur le fait que ce sont les Eglises du Sud qui sont les premières victimes. . Comment est-ce que Debrecen pourra préparer la voie vers un éventuel processus confessionis? Peut-on envisager un processus préalable? La déclaration de Kitwe a des points faibles, elle aurait dû être plus critique, mais elle a vu juste. Kitwe est simplement une prise de position de l'Afrique australe. On y sent le besoin de communiquer avec les autres Eglises africaines comme aussi avec les Eglises du Sud en général. Il faut qu'un accord se fasse dans le Sud. Le moment ne serait-il pas venu pour l'ARM de lancer (et organiser) un processus dans le Sud? Mettre en route une réflexion sur la justice économique ARM-Sud serait peut-être la plus enrichissante initiative que la 23ème Assemblée générale pourrait prendre pour les années après l'an 2000. Au lieu d'être la voix des sans-voix, par une telle initiative, l'ARM donnerait la voix à ceux qui n'en ont pas. Russel Botman
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